La société civile

Yvette

Une aînée

À mon âge, j’ai vu partir beaucoup de proches — certains apaisés, d’autres dans la douleur. Ce que je voudrais, c’est ne pas laisser à mes enfants le souvenir d’une fin trop dure. Est-ce égoïste de penser ainsi, ou est-ce encore une façon de les aimer ?

Ce n’est pas égoïste, Yvette. C’est même, je crois, l’une des formes les plus hautes de l’amour : penser à ceux qui resteront, vouloir leur épargner une image qui les hanterait. Vous l’avez vu de vos yeux — la manière dont on meurt façonne la manière dont les siens continuent de vivre. Se soucier de cela, ce n’est pas se replier sur soi, c’est veiller sur les autres jusqu’au bout.

Ce que vous exprimez touche au cœur de notre combat. Une fin apaisée, où la parole a pu circuler, où les adieux ont été possibles, allège le deuil sans jamais l’effacer. À l’inverse, une agonie trop dure laisse des blessures qui ne se referment pas. Vouloir offrir à vos enfants un dernier souvenir supportable, c’est prolonger, jusqu’à votre dernier souffle, le soin que vous leur avez toujours porté.

Alors ne vous jugez pas. Parlez-en avec eux, tôt, sans crainte : ces conversations, si difficiles soient-elles, sont un cadeau. Dire ce que l’on souhaite, ce que l’on refuse, c’est encore les aimer, et les aider à vous accompagner sans se déchirer. C’est cela, aussi, que cette loi voudrait rendre possible : que l’amour ait le dernier mot.

26 juillet 2026

Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif

Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.