La société civile

L’association SOS Suicide

Prévention du suicide

Nous consacrons notre énergie à retenir ceux qui veulent mourir. Comment expliquer, sans message contradictoire, que la société aide certains à mourir tout en cherchant à en sauver d’autres ?

Votre travail est vital, et je ne veux surtout pas qu’il soit fragilisé par ce débat — au contraire. Ce que vous faites, jour après jour, sauve des vies, et rien de ce que défend le collectif ne doit l’affaiblir. Je veux le dire d’emblée, parce que cette crainte mérite une réponse claire et non des formules.

Il faut tenir fermement une distinction. La très grande majorité des demandes de mort sont des appels au secours, l’expression d’une souffrance, souvent psychique, souvent réversible, qu’il faut entendre et soigner. Une rupture, une dépression, une détresse sociale, un désespoir passager : là, tout doit être fait pour retenir, écouter, accompagner, soigner. Il n’y a aucune ambiguïté, et la prévention du suicide doit rester une priorité absolue de santé publique.

L’aide active à mourir, ce n’est pas cela. Elle concerne des personnes atteintes d’une maladie grave et incurable, en phase avancée, dont la demande est réfléchie, persistante et réitérée. Le rôle des soignants est justement de faire ce tri avec la plus grande rigueur : dépister la détresse qui se soigne, ne jamais confondre un désespoir que l’on peut apaiser avec une volonté libre et durable au terme d’une maladie qui condamne. Ce discernement est au cœur du dispositif, et il doit être garanti.

Bien pensée, la loi ne dit donc pas « mourir est une solution ». Elle ne banalise rien, et surtout pas le suicide. Elle dit qu’au bout d’une maladie qui condamne, on n’abandonne pas la personne. Prévenir le suicide et accompagner ces fins de vie ne s’opposent pas : les deux procèdent de la même conviction — qu’aucune souffrance ne doit rester sans réponse, et qu’aucune personne ne doit rester seule. Je serais heureuse que nous travaillions ensemble à ce que ce message soit tenu avec clarté.

Quand une personne nous appelle en détresse, comment saurons-nous, sans nous tromper, s’il s’agit d’un désespoir à combattre ou d’une demande relevant de l’aide à mourir ?

Votre inquiétude est légitime, et je tiens à vous rassurer : dans le doute, on retient. Toujours. Si vous recevez un appel de détresse, votre mission demeure entière, inchangée, absolue : tout faire pour retenir, écouter, rappeler que la souffrance qui pousse au suicide est réversible. L’aide à mourir n’entre jamais par ce canal-là et ne saurait devenir une réponse à un appel de crise.

La distinction est nette dans la loi. L’aide à mourir suppose une maladie grave et incurable, un pronostic engagé, une demande réitérée, éclairée, examinée dans la durée par des soignants. Ce n’est pas un geste d’urgence ni une porte de sortie face à une douleur psychique aiguë. Rien dans ce dispositif ne relativise votre combat : ce sont deux registres qui ne se rencontrent pas.

Le vrai risque serait le message contradictoire, et je le partage avec vous. C’est pourquoi je défends une pédagogie rigoureuse et une vigilance sur les décrets, pour que jamais l’existence de l’aide à mourir n’affaiblisse la prévention du suicide. Vos lignes doivent rester des lignes de vie. Travaillons ensemble à ce que la société tienne les deux fermement, sans jamais les confondre.

26 juillet 2026

Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif

Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.