Une personne qui a choisi, puis se ravise
Le droit de changer d’avis
J’avais demandé l’aide à mourir, et puis, finalement, je ne veux plus — ou plus maintenant. Ai-je encore le droit de reculer, sans être jugée, sans que tout s’emballe ?
Oui, absolument, vous avez le droit de reculer — à tout moment, jusqu’au dernier instant, et sans avoir à vous justifier. C’est même l’un des piliers de tout ce que nous défendons. Une demande d’aide à mourir n’est jamais un engagement irréversible : elle peut être suspendue, reportée ou annulée par la personne, à sa seule initiative, à n’importe quelle étape.
Je vais même vous dire : le fait que vous puissiez changer d’avis est la preuve que votre choix est libre. Un dispositif où l’on ne pourrait plus revenir en arrière ne serait pas un dispositif de liberté, ce serait un piège. C’est justement parce qu’on peut se raviser, à chaque instant, que la demande reste la vôtre et non celle d’une mécanique qui s’emballe.
Et non, vous ne serez pas jugée. Changer d’avis n’est pas une faiblesse ni une incohérence : c’est profondément humain, et c’est fréquent. Beaucoup de personnes cheminent, avancent, reculent, hésitent — parce qu’il s’agit de la décision la plus grave qui soit. Les soignants qui vous accompagnent le savent et sont là pour respecter votre rythme, pas pour vous enfermer dans une parole passée.
Tout le dispositif doit d’ailleurs être conçu pour rendre ce retour en arrière simple et évident, à chaque instant : des demandes réitérées, des temps de réflexion, une confirmation jusqu’au bout. Se raviser, ce n’est pas défaire quelque chose ; c’est exercer, encore, sa liberté. Et cette liberté-là, personne ne vous la retirera.
Si je renonce à ma demande au tout dernier moment, aurai-je à me justifier, et cela restera-t-il inscrit quelque part comme un échec ou une hésitation suspecte ?
Vous n’aurez rien à justifier. Renoncer n’est pas un échec, ni une faute, ni une donnée qui vous suivrait comme un soupçon. La réversibilité est au cœur même de ce dispositif : une demande n’est valable que parce qu’elle peut, à chaque instant, être retirée. Le jour où vous dites « non, pas maintenant », ou « plus jamais », ce non prime, sans commentaire, sans reproche.
Dans ma pratique, je vois combien la certitude peut vaciller à l’approche du moment. C’est humain, et souvent sain. Une accalmie, une visite, un projet minuscule qui renaît : tout cela a le droit de tout changer. Mon rôle n’est pas de vous tenir à votre parole passée, mais de vérifier que votre parole présente est bien la vôtre, libre de toute pression.
Sur le plan des traces écrites, je serai attentive à ce que les décrets encadrent strictement ce qui est consigné et à quelles fins. Un retrait doit être enregistré pour vous protéger, jamais pour vous étiqueter. Vous restez maître du récit. Se raviser, c’est exercer sa liberté jusqu’au bout, et c’est exactement ce que cette loi doit garantir, non pénaliser.
26 juillet 2026
Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif
Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.