Un pasteur protestant
Protestantisme
Le protestantisme insiste sur la liberté de conscience du croyant. Cette liberté peut-elle, selon vous, aller jusqu’au choix du moment et des conditions de sa propre mort ?
Vous mettez le doigt sur ce qui me paraît essentiel : la conscience. Oui, je crois que la liberté de conscience du patient peut aller jusqu’à cette décision, quand elle est mûrie, libre et éclairée. Et je crois qu’il faut la même exigence de liberté pour le soignant : nul ne doit être contraint d’accomplir ce geste contre sa conscience.
Votre tradition a fait de la conscience personnelle, éclairée et responsable, un lieu de vérité que nulle institution ne peut confisquer. Cette intuition me parle profondément comme médecin. Devant la maladie grave, je ne rencontre pas des cas, je rencontre des consciences : des personnes qui pèsent, qui doutent, qui décident en vérité avec elles-mêmes. Respecter cela, ce n’est pas céder à un caprice ; c’est prendre au sérieux la dignité d’un sujet libre.
C’est pour cela que je défends les deux faces d’une même liberté : celle du malade qui demande, et celle du soignant qui refuse. La seule limite que je pose à la clause de conscience, c’est qu’elle ne crée pas un mur : celui qui refuse doit orienter vers un confrère, pour que la conscience de l’un n’annule pas le droit de l’autre.
Une société adulte sait faire tenir ensemble ces libertés, sans en sacrifier aucune. C’est même, je crois, la marque d’une démocratie apaisée : ne pas imposer une seule réponse à tous sur ce qui touche au plus intime, mais garantir à chacun d’agir selon sa conscience, dans un cadre qui protège les plus fragiles.
Vous invoquez la liberté de conscience, qui nous est chère. Mais une liberté n’a de sens que si elle est éclairée. Concrètement, que faites-vous pour qu’une personne malade décide en vérité, informée de tout ce qui pourrait encore la soulager, plutôt que dans l’ignorance de ce qu’on pourrait lui offrir ?
Vous avez raison de lier liberté et vérité : une liberté aveugle n’en est pas une. C’est pourquoi l’information loyale est, à mes yeux, la première condition. Avant toute demande, la personne doit connaître précisément ce que les soins palliatifs, l’adaptation des traitements, l’accompagnement peuvent encore lui offrir. Trop de gens demandent à mourir simplement parce qu’on ne leur a pas montré qu’un autre chemin, soutenu, restait ouvert. Éclairer, c’est déjà soigner.
Dans ma spécialité, cela demande un soin particulier. Les maladies neurodégénératives évoluent, et la capacité de comprendre peut se réduire avec le temps. Alors je parle tôt, je reviens, je vérifie que l’information a été vraiment reçue, pas seulement énoncée. Une volonté éclairée n’est pas une signature au bas d’un document, c’est une compréhension qui a mûri, qu’on peut réviser, révoquer. La réversibilité fait partie intégrante de cette liberté que vous défendez.
Ce que j’aime dans votre tradition, c’est cette confiance faite à la conscience du croyant, jusque dans les choix les plus graves. Mon travail n’est pas de décider à la place de la personne, mais de mettre entre ses mains tous les éléments pour qu’elle décide en vérité, et de rester à ses côtés quel que soit son choix. Éclairer sans peser, accompagner sans pousser : c’est là, je crois, que se rejoignent votre foi et mon métier.
26 juillet 2026
Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif
Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.