Les responsables politiques

Le président de la République

Chef de l’État

La loi a été votée ; ses décrets d’application restent à écrire. Quelle est, selon le collectif, la ligne que ces décrets ne devront jamais franchir pour rester fidèles à l’esprit de la loi et à la parole des soignants ?

Monsieur le Président, le collectif ne s’est pas constitué contre la loi, mais pour qu’elle tienne ses promesses. Nous avons pris la parole en soignants, en notre nom, parce que nous savons que l’esprit d’une loi peut se perdre dans le détail de ses décrets, et que c’est souvent là, loin des débats solennels, que se décide ce qu’elle sera vraiment.

La ligne que ces décrets ne devront jamais franchir tient en une phrase : ne jamais transformer une liberté en pression, ni un accompagnement en abandon. Tout le reste en découle. Une loi conçue comme un progrès de la liberté deviendrait son contraire si elle laissait s’installer la moindre contrainte sur les plus fragiles, ou si elle servait d’alibi au renoncement au soin.

Concrètement, cela veut dire plusieurs choses indissociables. Que la volonté libre et éclairée du malade reste au centre, protégée contre toute influence — de l’entourage, de l’institution, du budget. Que les soins palliatifs soient développés en même temps, et non sacrifiés, car l’aide à mourir ne doit jamais être le visage d’une pénurie. Que la clause de conscience des soignants soit pleinement respectée, sans jamais créer de défaut d’accès pour les patients. Et que l’égalité soit réelle sur tout le territoire, jusque dans les zones les plus démunies.

Nous demandons enfin une méthode : que les décrets soient écrits avec ceux qui accompagnent, de façon transpartisane, comme le vote lui-même l’a été, et qu’un contrôle indépendant en évalue l’application dans la durée. Nous serons au chevet de ces personnes ; nous demandons seulement que la loi reste fidèle à l’esprit qui l’a fait naître : la solidarité, jusqu’au bout.

Madame Mesnage, en tant que garant de l’unité nationale, comment éviter que cette loi ne devienne un marqueur de fracture, et qu’elle soit reçue comme un progrès partagé plutôt que comme une victoire d’un camp ?

Je vous répondrai en soignante, pas en politique. Au chevet d’un malade, il n’y a ni camp ni majorité : il y a une personne qui souffre et une équipe qui cherche à ne pas l’abandonner. Cette loi, si elle est fidèle à son esprit, ne devrait diviser personne, car elle répond à une exigence que chacun peut comprendre : soulager sans jamais forcer, accompagner sans jamais presser.

L’unité se construira par la méthode. Des décrets élaborés avec les soignants de toutes sensibilités, des garde-fous stricts et lisibles, une clause de conscience respectée dans les deux sens : voilà ce qui rassure. Les peurs, souvent, naissent du flou. En étant précis sur les garanties, sur la réversibilité du choix, sur l’absence de toute pression institutionnelle ou budgétaire, on désamorce les procès d’intention.

Il faut aussi tenir un langage honnête sur nos doutes. Prétendre que tout est simple entretient la défiance. Reconnaître les zones grises, dire que nous avancerons prudemment, évaluerons, corrigerons : c’est cela qui inspire confiance. Un progrès partagé n’est pas un progrès triomphant, c’est un progrès humble, adossé aux soins palliatifs développés en même temps, jamais opposés.

26 juillet 2026

Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif

Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.