Les responsables politiques

Le Premier ministre Lescure

Chef du gouvernement

Il me revient de faire écrire les décrets et d’en assurer le financement, sous la contrainte budgétaire. Comment concilier cette réalité avec les exigences du collectif ?

Monsieur le Premier ministre, notre exigence n’est pas contre la vôtre : elle vise à ce que cette loi soit tenable et fidèle. La contrainte budgétaire est réelle, je ne la nie pas, et je sais que gouverner, c’est arbitrer. Mais il est une ligne que le budget ne doit jamais franchir : l’aide à mourir ne peut pas devenir la réponse économique à un manque de soins. Ce serait la trahir, et faire d’un progrès de liberté un aveu de renoncement.

Je vous demande donc de tenir deux engagements ensemble, dans les mêmes décrets et les mêmes budgets. D’abord, investir enfin sérieusement dans les soins palliatifs et l’accompagnement, partout sur le territoire, y compris dans les zones rurales et ultramarines où l’offre est aujourd’hui indigente. Ensuite, organiser un accès à l’aide à mourir qui soit égal, encadré et libre. Les deux ne s’opposent pas ; ils se conditionnent, car un choix n’est libre que si le soin a d’abord été offert.

Je sais ce qu’on m’objectera : les moyens sont comptés. Mais l’accompagnement de la fin de vie n’est pas une dépense parmi d’autres, c’est un marqueur de ce qu’est une société. Ce que l’on investit là, on ne le mesure pas seulement en euros ; on le mesure en dignité. Et une aide à mourir bâtie sur la pénurie coûterait, à terme, bien plus cher à notre pacte social qu’un investissement franc dans le soin.

Je vous demande enfin une méthode : écrire ces décrets avec les soignants qui seront au chevet des malades, de façon transpartisane, comme le vote lui-même l’a été, et sous le regard d’un contrôle indépendant. C’est à cette double condition — des moyens réels et une écriture partagée — que la loi restera fidèle à son esprit. Le collectif est prêt à y prendre toute sa part.

Madame Mesnage, au-delà du financement, comment garantir que l’État pilote ces décrets sans que la logique administrative ne prime sur le temps du soin et l’écoute du patient ?

Votre inquiétude est juste, et je la partage. Un décret bien écrit peut être trahi par sa mise en œuvre si l’on transforme une démarche de soin en procédure comptable. L’aide active à mourir n’est pas un guichet : c’est un cheminement où le temps, l’écoute et la réitération de la volonté comptent autant que la conformité des formulaires. Le pilotage doit servir ce temps-là, jamais le comprimer.

Concrètement, je demande que les indicateurs de suivi mesurent la qualité de l’accompagnement, pas seulement des volumes ou des délais. Combien de patients ont pu réitérer librement leur choix ? Combien ont finalement renoncé parce qu’une douleur a été soulagée à temps ? Ces renoncements ne sont pas des échecs : ce sont des réussites du soin. Un État qui pilote bien mesure aussi ce qui ne se compte pas facilement.

Enfin, associez les soignants à la conception de ces circuits. Nous connaissons les lourdeurs qui découragent, les cases qui font perdre le regard sur la personne. Une administration à l’écoute du terrain protège mieux l’esprit de la loi qu’une administration surplombante. C’est ainsi que l’on évite l’abandon sans jamais glisser vers la banalisation.

26 juillet 2026

Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif

Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.