Un homme homosexuel
Mémoire des années sida
Ma génération a connu l’abandon des malades pendant les années sida. Que répond le collectif à ceux qui redoutent, encore, d’être traités comme des patients de seconde zone ?
Votre mémoire est une leçon pour tous les soignants, et je ne l’oublie pas. Les années sida ont montré ce qu’est l’abandon : des malades laissés à la marge, jugés avant d’être soignés, parfois évités par ceux-là mêmes qui auraient dû les prendre en charge. Cette blessure-là ne doit jamais s’effacer de notre conscience collective, parce qu’elle dit ce que la médecine peut devenir quand elle trie ses patients.
Tout ce que défend le collectif est aux antipodes de cela. Notre principe premier, c’est que personne — quels que soient son orientation, son origine, son âge, sa maladie ou ses moyens — ne doit être un patient de seconde zone, ni dans le soin, ni dans la fin de vie. L’égalité de dignité n’est pas négociable, et elle vaut d’abord pour ceux que la société a l’habitude de reléguer.
L’égalité d’accès n’est donc pas un slogan pour moi : c’est la condition pour que ce droit soit juste. Cela veut dire la même écoute, la même rigueur, le même respect pour chacun, et une vigilance absolue contre toute discrimination dans l’accès aux soins comme à l’accompagnement. Une loi sur la fin de vie qui reproduirait les inégalités et les mépris d’hier serait une trahison ; nous serons là pour le dénoncer si cela devait arriver.
Il y a aussi, dans votre histoire, une exigence que je veux saluer : le respect de ce que chacun décide pour son propre corps et sa propre vie. Votre communauté sait mieux que quiconque ce qu’il a coûté à conquérir, contre les jugements et les interdits. Ce respect de la personne comme sujet de sa propre existence, jusque dans sa fin, nous le défendons pour tous — et je crois que la mémoire des années sida nous oblige, précisément, à ne laisser personne au bord du chemin.
La clause de conscience d’un soignant ne pourrait-elle pas servir de prétexte pour m’écarter, moi, à cause de qui je suis ?
Votre crainte est légitime, et cette mémoire, nous la portons aussi. La clause de conscience protège le soignant ; elle n’autorise jamais à trier les patients.
Un médecin peut refuser d’accomplir cet acte, mais il doit alors orienter vers un confrère. Aucun malade ne doit rester sans réponse, ni se sentir de seconde zone.
L’égalité d’accès n’est pas négociable. Je veille, avec le collectif, à ce qu’aucun décret ne rouvre la porte à l’abandon que vous avez connu.
26 juillet 2026
Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif
Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.