La société civile

Une femme enceinte

En attente d’un enfant

Je porte la vie, et cette loi parle de la mort. Comment tenir ensemble ces deux extrémités de l’existence sans que l’une menace l’autre ?

Il y a quelque chose de beau dans votre question, et rien de contradictoire. Les deux extrémités de la vie demandent la même chose : de la dignité, de la présence, un accompagnement qui ne laisse personne seul. Prendre soin de la fin de vie ne dévalue pas la vie qui commence — au contraire, c’est la même exigence, portée d’un bout à l’autre de l’existence.

On oppose souvent la vie et la mort comme deux camps, mais au chevet des malades, je ne vis pas cela ainsi. Accompagner une fin de vie, c’est encore prendre soin de la vie : de ce qu’il en reste, de sa qualité, de sa dignité, des liens qui l’entourent. Ce n’est pas se ranger « du côté de la mort », c’est refuser que les derniers instants d’une existence soient une souffrance abandonnée.

Une société qui accompagne la naissance avec attention doit savoir accompagner la mort avec la même humanité. Nous mettons — et c’est heureux — énormément de soin autour de la venue au monde ; nous en mettons encore trop peu autour du départ. Défendre l’aide à mourir pour ceux qui la demandent au terme d’une maladie, ce n’est pas être « contre la vie » : c’est vouloir que le soin entoure l’existence jusqu’à son dernier seuil.

Vous portez la vie ; moi, j’accompagne des vies jusqu’au bout. Nous faisons, je crois, le même geste : veiller sur la personne, la protéger, ne pas la laisser seule au moment où elle est le plus fragile. L’enfant que vous attendez grandira, je l’espère, dans une société qui n’a peur ni de la naissance ni de la mort, et qui met la même tendresse aux deux bords de la vie.

Quand mon enfant sera grand, comment lui parlerai-je de cette loi et de la mort, sans l’effrayer ni lui mentir ?

Quelle belle question de future mère. On peut parler de la mort à un enfant sans l’effrayer : simplement, honnêtement, avec tendresse.

Vous lui direz qu’on soigne jusqu’au bout, qu’on soulage, et que parfois, quand la souffrance devient intenable, on respecte la volonté de celui qui s’en va.

Porter la vie et accompagner la fin ne s’opposent pas : les deux demandent la même chose, ne laisser personne seul. C’est cela, transmettre.

26 juillet 2026

Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif

Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.