La société civile

Un économiste de la santé

Économie de la santé

La fin de vie a un coût, et les ressources du soin sont contraintes. Comment s’assurer que des considérations budgétaires ne pèsent jamais, même indirectement, sur le recours à l’aide active à mourir ?

C’est une crainte que je fais mienne, totalement, et qui doit rester une vigilance de chaque instant. Le jour où l’aide à mourir deviendrait, même de loin, une variable d’ajustement budgétaire, elle aurait perdu son âme et trahi tout ce que nous défendons. Sur ce point, il ne peut y avoir aucune ambiguïté ni aucune tolérance.

Le risque que vous pointez n’est pas théorique : dans un système sous tension, la tentation existe toujours de préférer la solution la moins coûteuse. C’est pourquoi il faut nommer ce danger pour mieux le conjurer, et l’inscrire noir sur blanc dans les textes. Aucun objectif chiffré, aucune incitation, aucune économie recherchée ne doit jamais entrer dans l’équation d’une fin de vie. La décision doit rester purement celle de la personne, à l’abri de toute logique comptable.

La meilleure protection est simple à énoncer, exigeante à tenir : il faut investir massivement, en même temps, dans les soins palliatifs, l’accompagnement, la présence humaine. Une aide à mourir qui prospérerait sur le manque de moyens serait un renoncement déguisé en liberté. Tant que l’accès au soin restera inégal, le soupçon que vous exprimez sera légitime — et la réponse n’est pas de renoncer au droit, mais de garantir enfin les moyens du choix.

C’est pourquoi le collectif tient les deux bouts : le droit de demander l’aide à mourir, et le devoir de garantir à chacun un accès réel au soin, pour que ce choix ne soit jamais dicté par la pénurie. Les décrets devront le graver, et des mécanismes de contrôle indépendants devront s’en assurer dans la durée. La transparence sera ici la meilleure des sauvegardes.

Comment garantir qu’aucun établissement ne soit incité, même indirectement par sa tarification ou ses indicateurs, à orienter les patients vers l’aide à mourir plutôt que vers des soins coûteux ?

Votre question me tient particulièrement à cœur, car elle nomme un danger que je refuse de minimiser. Le jour où un établissement trouverait un intérêt, fût-il implicite, à ce qu’un patient meure plus tôt, nous aurions trahi l’esprit de la loi. L’aide à mourir est un acte de soin, réponse à une demande, jamais une variable d’ajustement budgétaire ou un indicateur de performance à optimiser.

La meilleure protection est structurelle : développer les soins palliatifs en même temps, massivement, pour qu’aucun patient ne demande à partir faute d’accompagnement. Une demande arrachée par le manque de moyens n’est pas libre. Je veux donc que le financement des soins d’accompagnement soit garanti indépendamment, sanctuarisé, afin qu’aucune économie ne se réalise jamais sur le dos de la fin de vie.

J’attends des décrets qu’ils érigent une étanchéité stricte entre la décision clinique et toute considération de coût. Aucun quota, aucune prime, aucun tableau de bord ne doit effleurer ce moment. Votre regard d’économiste nous est précieux justement pour traquer ces incitations invisibles. Aidez-nous à les rendre impossibles : c’est la condition pour que la liberté du patient reste, réellement, le seul critère.

26 juillet 2026

Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif

Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.