Un député de l’Union des droites (UDR)
Assemblée nationale
Beaucoup y voient une rupture anthropologique et redoutent une banalisation de la mort donnée. Comment répondez-vous à cette inquiétude de fond ?
Je ne balaie pas cette inquiétude, car elle porte sur le sens, et le sens compte. Toucher à l’interdit de donner la mort n’est pas un geste anodin dans l’histoire d’une civilisation, et ceux qui s’en alarment ne sont pas des adversaires à mépriser : ils rappellent la gravité de ce dont nous parlons. Je veux entendre cette gravité, non la congédier.
Mais je ne crois pas que reconnaître, au terme d’une maladie incurable, le choix d’une personne libre soit une banalisation de la mort. Rien, dans ce que je vois au chevet des malades, n’est banal ou léger : c’est au contraire l’un des actes les plus graves, les plus mûris et les plus entourés qui soient. Ceux qui formulent cette demande ne prennent pas la mort à la légère — ils l’ont regardée en face, souvent bien plus que nous.
La banalisation, ce serait l’indifférence, l’expédition, l’abandon : laisser des malades souffrir seuls, ou traiter la fin de vie comme une formalité. Nous défendons l’inverse : un cadre strict, une demande libre et réitérée, une évaluation collégiale, un accompagnement humain jusqu’au bout. C’est précisément parce que la mort n’est pas banale que nous voulons l’entourer de tant de précautions et de présence.
Loin d’abîmer notre rapport à la vie, assumer de ne pas abandonner ceux qui souffrent me paraît en honorer le prix. Une société ne se juge pas seulement à la manière dont elle protège la vie en général, mais à la manière dont elle accompagne chaque personne, singulièrement, jusqu’à son dernier seuil. C’est cette fidélité à la personne, et non une quelconque légèreté devant la mort, qui inspire tout ce que nous défendons.
Comment être certain que les garanties inscrites aujourd’hui ne s’éroderont pas demain, sous la pression de l’usage, jusqu’à faire glisser un acte d’exception vers une pratique ordinaire ?
Je ne balaierai pas votre crainte, car la prendre au sérieux est la meilleure façon de la conjurer. Je ne défends pas une banalisation de la mort ; je défends un acte de soin d’exception, strictement encadré, réponse au refus de l’abandon. La volonté doit rester libre, éclairée, réitérée, réversible. Ces mots ne sont pas décoratifs : ce sont des digues. Et une digue ne tient que si on l’entretient, année après année, sans relâche.
La vigilance ne s’arrête pas au vote ; elle commence là. C’est pourquoi le collectif veille sur les décrets d’application, car c’est dans ces textes que l’esprit d’une loi se garde ou se perd. Une évaluation régulière, transparente, indépendante, doit mesurer les pratiques et alerter au moindre glissement. Le risque que vous nommez existe ; le nier serait irresponsable. Le surveiller ensemble, en revanche, est à notre portée.
Je vous parle en soignante, au chevet des malades, pas en militante d’une cause abstraite. Ce que je veux, c’est que nul ne meure d’être abandonné, et que nul ne se sente poussé vers la sortie. L’exception doit rester l’exception. Développer en même temps les soins palliatifs est la meilleure barrière contre toute dérive. Sur ce terrain, votre exigence et la mienne se rejoignent, et je crois qu’on peut la tenir de manière transpartisane.
26 juillet 2026
Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif
Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.