Les responsables politiques

Une députée du Rassemblement National

Assemblée nationale

Nous redoutons une pente glissante et des pressions sur les personnes âgées, handicapées ou isolées. Quelles garanties concrètes empêcheront tout abus ?

Cette crainte, je la prends au sérieux, car elle rejoint la mienne : rien ne serait pire qu’une personne vulnérable poussée vers la sortie, ou qui demanderait à mourir parce qu’elle se sent un poids pour les siens. C’est précisément ce contre quoi la loi doit se blinder, et c’est le premier devoir des soignants que nous sommes.

Les garanties doivent être inscrites noir sur blanc, et non renvoyées à la bonne volonté de chacun : une demande qui émane de la personne seule, libre et réitérée dans le temps ; l’exclusion formelle de toute pression de l’entourage ou de l’institution ; une évaluation collégiale par plusieurs soignants ; l’intervention d’un regard psychologique quand c’est nécessaire ; une traçabilité complète et un contrôle a posteriori par une instance indépendante.

Je veux ajouter une chose, car elle me tient à cœur : la meilleure protection contre l’abandon des personnes âgées, handicapées ou isolées, c’est le soin. Là où il y a de l’aide à domicile, de la présence, un accès réel aux soins palliatifs, la tentation de demander à mourir par lassitude ou par solitude s’efface. Combattre les abus, c’est donc aussi combattre l’isolement et la pénurie de soins.

Protéger les plus fragiles, ce n’est pas leur interdire de choisir : c’est s’assurer que leur choix est vraiment le leur, et non le produit d’une pression ou d’un dénuement. Une aide à mourir bien encadrée est un rempart contre l’abandon, pas une porte ouverte aux abus — à condition que les décrets soient exigeants sur ces garanties. Sur ce point, la vigilance du collectif sera totale, et nous serons les premiers à alerter si une dérive s’installait.

Madame Mesnage, beaucoup de nos concitoyens âgés, isolés, craignent de devenir « une charge ». Comment les décrets garantiront-ils qu’aucune personne vulnérable ne demande la mort par sentiment de culpabilité plutôt que par volonté propre ?

Cette crainte, je la reçois sans la balayer, car elle touche au cœur de mon métier. Une demande dictée par le sentiment d’être « de trop » n’est pas une volonté libre : c’est un appel à l’aide déguisé. Mon rôle de soignante est précisément de la débusquer. Une volonté libre et éclairée ne se recueille pas en une signature ; elle se vérifie dans le temps, dans le dialogue, dans la réitération.

Les garde-fous doivent donc traquer la pression sous toutes ses formes : celle de l’entourage, celle d’une institution, celle d’un budget. Cela suppose d’explorer l’isolement, les ressources, le sentiment d’abandon, avant même de parler de fin de vie. Souvent, derrière « je ne veux plus être une charge », il y a une douleur non soulagée ou une solitude que l’on peut rompre. Le premier réflexe reste le soin, pas l’acquiescement.

C’est pourquoi je défends, en même temps, un développement massif des soins palliatifs et de l’accompagnement social des personnes âgées. Une société qui offre l’aide à mourir sans offrir d’abord des raisons de vivre dignement trahirait cette loi. La réversibilité du choix est ici essentielle : à tout instant, le patient peut dire non. Notre devoir est de rendre ce « non » toujours possible.

26 juillet 2026

Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif

Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.