Une députée socialiste
Assemblée nationale
Comment faire de cette loi une loi de solidarité, et non l’expression d’un individualisme qui laisse chacun seul face à sa fin ?
C’est exactement ainsi que je la conçois : une loi de solidarité, pas de solitude. On présente parfois l’aide à mourir comme le triomphe de l’individu roi, disposant de tout, seul. Ce n’est pas ce que je vois, ni ce que je défends. La demande dont je parle ne surgit pas d’un individu isolé, mais d’une personne accompagnée, entourée, écoutée — le contraire de l’abandon.
La solidarité, ici, a un sens très concret. C’est de ne renvoyer personne à sa souffrance au nom d’un principe, et de garantir à tous, quels que soient leurs moyens, le même accès au soin et à l’accompagnement. C’est de faire de la fin de vie une affaire collective, prise en charge par la société, et non un fardeau que chaque famille porterait dans son coin, selon ce qu’elle peut se payer.
Une loi de solidarité, c’est aussi une loi qui protège les plus faibles contre toute pression, et qui investit dans les soins palliatifs, l’aide à domicile, le soutien aux aidants. La liberté de choisir sa fin ne vaut que si elle repose sur un socle de soins accessibles à chacun. Sinon, la belle idée de liberté masquerait une réalité d’inégalité.
Une fin de vie digne n’est donc pas un privilège individuel : c’est un droit social, au même titre que le droit à la santé ou à la protection. Et c’est à ce titre que je le défends — non comme l’ultime conquête de l’individualisme, mais comme une extension de notre pacte de solidarité, jusqu’au dernier seuil de l’existence.
Madame Mesnage, pour que cette loi demeure une loi de solidarité et non de solitude, comment garantir que nul ne traverse ce moment seul, et que la collectivité reste présente jusqu’au bout auprès du mourant et de ses proches ?
Vous nommez le risque avec justesse : que la fin de vie devienne une affaire privée, réglée dans l’isolement, comme si la société se déchargeait de sa part. Or l’aide active à mourir, telle que je la conçois, est un acte de soin, donc un acte collectif. Elle engage une équipe, un accompagnement, une présence. La solidarité, ce n’est pas seulement autoriser un droit : c’est ne laisser personne le vivre seul.
Cela suppose d’inscrire dans les décrets l’accompagnement des proches, avant, pendant et après. Le deuil, la parole, le soutien social ne sont pas des à-côtés : ils font partie du soin. Et il faut soutenir les soignants eux-mêmes, car porter ces situations est lourd. Une clause de conscience respectée dans les deux sens participe de cette solidarité : nul ne doit être contraint, ni le patient, ni celui qui l’accompagne.
La collectivité doit donc rester présente jusqu’au dernier instant, et au-delà, auprès de ceux qui restent. C’est ainsi que ce droit reste fraternel et ne bascule pas dans l’individualisme que vous redoutez. Développer, en même temps, les soins palliatifs et le tissu de solidarité autour du mourant : voilà ce qui donne à cette loi son vrai visage, celui d’une société qui n’abandonne pas les siens.
26 juillet 2026
Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif
Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.