Un député de la Droite républicaine
Assemblée nationale
Ne faudrait-il pas d’abord garantir des soins palliatifs pour tous, avant d’ouvrir l’aide à mourir ?
Sur le constat, nous sommes d’accord, et je veux le dire nettement : l’accès aux soins palliatifs est très insuffisant dans notre pays, et c’est un scandale qu’il faut réparer sans attendre. Trop de Français meurent encore sans avoir été correctement soulagés ni accompagnés. Ce combat, le collectif le fait sien pleinement.
Là où je nuance, c’est sur le mot « d’abord ». Opposer les deux dans le temps, c’est risquer de reporter indéfiniment l’un en attendant l’autre, et de laisser sans réponse ceux qui souffrent aujourd’hui, maintenant, dans nos services. Les soins palliatifs universels sont un chantier de longue haleine ; les personnes que je vois, elles, n’ont pas le temps d’attendre qu’il soit achevé. Il faut donc avancer sur les deux fronts en même temps.
Ma conviction de neurologue, c’est aussi que même des soins palliatifs pleinement déployés rencontrent des limites, notamment dans les maladies neurodégénératives. Certaines souffrances, certaines pertes irréversibles ne sont pas apaisées par le meilleur des accompagnements. Prétendre que des soins palliatifs parfaits rendraient toute demande d’aide à mourir caduque, c’est méconnaître la réalité de ces malades — et je le dis avec tout le respect que j’ai pour cette discipline.
Développons donc les soins palliatifs avec la plus grande énergie — c’est un impératif absolu, et j’attends de la représentation nationale qu’elle y consacre enfin les moyens — et ouvrons l’aide à mourir pour ceux que ces soins ne parviennent pas à soulager. Les deux ensemble, jamais l’un contre l’autre : c’est ainsi que je conçois une politique de la fin de vie à la fois humaine et responsable.
Madame Mesnage, comment être certain que ce nouveau droit ne détournera pas, dans les faits, les moyens humains et financiers que l’on aurait dû consacrer d’abord aux soins palliatifs, encore si inégalement accessibles ?
Votre exigence est la mienne : je n’ai jamais opposé les deux, et je refuse qu’on les mette en concurrence. Il serait indigne de financer l’aide à mourir en asséchant les soins palliatifs. Ces soins ont des limites réelles, que je connais par ma pratique, mais leur accès demeure trop inégal, et cela d’abord doit être corrigé. Développer les deux en même temps n’est pas une contradiction, c’est une cohérence.
Pour éviter tout détournement, je plaide pour des financements sanctuarisés et distincts, avec un suivi transparent. On doit pouvoir vérifier, chaque année, que l’effort palliatif progresse réellement, territoire par territoire. Si l’on constatait qu’un budget se déplace de l’accompagnement vers l’acte, ce serait le signal d’une dérive à corriger sans délai. La vigilance comptable, ici, sert une exigence éthique.
Car le sens de cette loi n’est pas d’offrir une sortie moins coûteuse : c’est de refuser l’abandon lorsque le soin, malgré tout, ne suffit plus. Un malade doit d’abord rencontrer une équipe palliative disponible et compétente. L’aide à mourir n’a de légitimité que comme dernier recours d’une volonté libre, jamais comme substitut à des soins qu’on aurait négligé de rendre accessibles à tous.
26 juillet 2026
Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif
Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.