Une députée du groupe LIOT
Assemblée nationale
Dans nos territoires ruraux et ultramarins, souvent démunis en médecins, comment ce nouveau droit ne creusera-t-il pas encore les inégalités ?
Vous mettez le doigt sur une injustice que je redoute : un droit réel dans les métropoles et introuvable ailleurs. On connaît déjà les déserts médicaux, l’éloignement des équipes de soins palliatifs, les délais et les distances qui, dans certains territoires, rendent l’accès au soin théorique. Il serait intolérable que l’aide à mourir hérite de ces mêmes fractures.
Là où manquent déjà les médecins et les équipes de soins palliatifs, l’égalité ne se décrète pas : elle s’organise et se finance. Ma ligne est constante — l’aide à mourir ne doit jamais combler le vide laissé par un manque de soins. Dans un territoire sous-doté, la première urgence n’est pas d’organiser l’aide à mourir, c’est de garantir enfin l’accès au soulagement et à l’accompagnement. Sans quoi le « choix » offert ne serait qu’un choix par défaut.
Cela suppose des moyens fléchés vers les territoires les plus démunis, ruraux comme ultramarins, une offre de soins et d’accompagnement qui précède ou accompagne ce droit, des équipes mobiles capables d’aller vers ceux qui sont loin de tout, et une attention particulière aux réalités locales, qui ne sont pas celles des grands centres hospitaliers. L’outre-mer, en particulier, ne peut pas être une variable d’ajustement ni un angle mort.
C’est une exigence d’égalité républicaine autant que de soin. La dignité d’une fin de vie ne peut pas dépendre du code postal. Je souhaite donc que l’application de la loi soit mesurée territoire par territoire, et que les inégalités constatées appellent des moyens correcteurs, plutôt que d’être passées sous silence. Les habitants de ces territoires ont assez souffert de la relégation ; ils ne doivent pas la subir jusque dans leur mort.
Dans un territoire rural ou ultramarin où manque déjà le médecin traitant, comment réunir la collégialité qu’exige la loi sans que la distance ne devienne une inégalité de fait ?
Vous mettez le doigt sur une fracture que je refuse d’accepter. Un droit qui s’arrête aux portes des métropoles n’est pas un droit, c’est un privilège. Là où manque déjà le médecin traitant, réunir une collégialité relève du défi. Le décret doit l’anticiper : équipes mobiles, recours mutualisés, appui régional organisé. On ne peut pas exiger une procédure et laisser les territoires se débrouiller. L’égalité territoriale doit être une obligation de moyens, pas un vœu pieux.
La télémédecine peut aider, à condition qu’elle serve la rencontre et ne la remplace jamais. Évaluer une souffrance, entendre une volonté réitérée, cela demande de la présence. J’accepte les outils à distance pour la collégialité, l’expertise, le second avis ; je refuse qu’ils deviennent le prétexte à une médecine au rabais pour les uns et pleine pour les autres. La distance ne doit pas dégrader la qualité du cheminement ni la sûreté des garde-fous.
Et n’oublions pas les outre-mer, où l’offre palliative est souvent la plus démunie. Développer les deux ensemble prend là tout son sens : sans accompagnement réel, le libre choix se vide. Je plaide pour un maillage pensé avec les soignants de ces territoires, qui connaissent leurs réalités mieux que quiconque. Les décrets se jugeront à cette aune : garantissent-ils le même droit à Cayenne, en Lozère et à Paris ? C’est notre exigence, et je la porterai.
26 juillet 2026
Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif
Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.