Les responsables politiques

Un député de La France insoumise

Assemblée nationale

Comment éviter que l’aide à mourir ne devienne un droit inégalement réparti, où les plus démunis n’ont pas accès aux soins qui rendraient leur choix vraiment libre ?

C’est, pour moi, la question de justice sociale la plus décisive. Un choix n’est libre que si l’on a eu, avant, un accès réel au soin, à l’accompagnement, à la présence. Sinon, ce n’est pas une liberté, c’est une résignation déguisée. Je refuse une société où l’on offrirait l’aide à mourir à ceux à qui l’on n’a pas offert les soins.

Les inégalités devant la santé sont déjà immenses : selon que l’on est riche ou pauvre, urbain ou rural, bien entouré ou seul, on ne meurt pas dans les mêmes conditions. Il serait insupportable que l’aide à mourir vienne se couler dans ces inégalités, et plus insupportable encore qu’elle devienne, de fait, la seule « offre » disponible là où le soin manque. Ce serait la caricature de ce que nous voulons.

La condition de justice est donc claire : investir massivement dans les soins palliatifs et l’hôpital public, partout et pour tous, en même temps qu’on ouvre ce droit. On ne peut pas dissocier les deux sans trahir la promesse. Le collectif porte cette exigence avec constance : l’aide à mourir comme aboutissement possible d’un accompagnement, jamais comme substitut à un soin qu’on n’a pas voulu financer.

L’égalité d’accès n’est pas une option, c’est ce qui sépare une loi de dignité d’une loi de renoncement. Et cette égalité doit être vérifiée, mesurée, rendue publique, territoire par territoire, milieu social par milieu social. Nous serons aux côtés de tous ceux qui exigeront que ce droit nouveau ne creuse pas les fractures, mais s’accompagne d’un vrai réarmement du service public du soin.

Madame Mesnage, ne craignez-vous pas que ce droit nouveau devienne, pour les plus pauvres, une issue proposée faute d’avoir eu accès à des soins de qualité, quand les plus aisés, eux, disposeront de toutes les alternatives ?

C’est la crainte qui doit nous tenir éveillés. Si l’aide à mourir devient l’option par défaut de ceux à qui l’on n’a jamais offert de vrais soins, alors nous aurons échoué, et la loi aura été trahie. Un choix contraint par la misère, l’absence de suivi ou le désert médical n’est pas un choix libre. L’égalité d’accès n’est pas un supplément d’âme : c’est la condition même de la liberté du consentement.

Cela impose une double garantie. D’une part, développer les soins palliatifs partout, y compris dans les territoires et les quartiers oubliés, car leurs limites existent mais leur absence est un scandale. D’autre part, s’assurer qu’aucune demande ne naisse d’un renoncement social. Face à un patient précaire, la première question n’est pas « comment mourir », mais « qu’avons-nous omis de lui offrir pour vivre ». Le soin d’abord, toujours.

Je serai donc attentive à ce que les décrets financent réellement cette égalité, sans la reléguer à un vœu. Cela relève de la solidarité, pas de la charité. Les moyens des soins palliatifs et ceux de l’aide à mourir doivent progresser ensemble, jamais l’un aux dépens de l’autre. Faute de quoi, nous offririons aux plus fragiles une porte de sortie que nous n’aurions pas voulue pour nous-mêmes.

26 juillet 2026

Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif

Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.