Un député de la Gauche démocrate et républicaine
Assemblée nationale
Comment garantir que l’aide à mourir ne serve pas d’alibi au désengagement de l’État envers l’hôpital public et les soins pour tous ?
Votre vigilance est la mienne, et elle est fondamentale. Il serait indigne que l’aide à mourir devienne le paravent d’un abandon de l’hôpital public et du soin. Une société qui laisserait dépérir ses services, fermer ses lits, s’épuiser ses soignants, tout en ouvrant ce droit, se mentirait à elle-même et trahirait les malades.
Le risque est réel dans un contexte où l’hôpital public souffre, où les soins palliatifs manquent cruellement de moyens, où les personnels sont à bout. Dans un tel paysage, présenter l’aide à mourir comme une avancée, sans réarmer le soin, reviendrait à offrir une porte de sortie faute d’avoir offert un accompagnement. Ce ne serait pas un progrès : ce serait un renoncement.
La seule garantie sérieuse, c’est un engagement massif et vérifiable pour les soins palliatifs, l’hôpital public, les personnels — au même moment, et non en paroles ni en promesses reportées. Le droit à l’aide à mourir et le droit au soin doivent progresser ensemble, inscrits dans les mêmes budgets, sous le même regard critique. L’un ne peut pas servir à masquer le recul de l’autre.
Le collectif tient ces deux exigences ensemble, sans les hiérarchiser : le droit de la personne à décider de sa fin, et le devoir de l’État de donner à tous les moyens d’un vrai choix — c’est-à-dire un accès réel au soin, à l’accompagnement, à la dignité. Nous serons aux côtés de tous ceux qui refusent qu’on oppose ces combats, et qui exigent que la fin de vie soit un motif d’investissement dans le service public, non un prétexte à son démantèlement.
Que faire pour empêcher qu’un établissement, faute de moyens, n’oriente insidieusement des patients vers l’aide à mourir plutôt que vers un accompagnement coûteux ?
Votre crainte est la mienne, et elle est grave. Le jour où une contrainte budgétaire pèserait, même de loin, sur le choix d’un malade, nous aurions perdu. L’aide active à mourir est un refus de l’abandon, jamais son masque comptable. Aucune pression ne doit s’exercer : ni de l’entourage, ni de l’institution, ni d’une ligne de budget. Ce principe doit être gravé dans les décrets, avec des garde-fous qui le rendent vérifiable et opposable.
Concrètement, cela veut dire tracer les demandes, garantir qu’une offre palliative réelle a été proposée, contrôler les établissements. Un patient ne doit jamais demander à mourir parce qu’on ne lui a pas donné les moyens de vivre ses derniers mois dignement. C’est pourquoi je lie sans relâche les deux combats : développer les soins palliatifs en même temps, non l’un contre l’autre. L’un ne saurait servir d’alibi au désengagement de l’autre.
Alors oui, je vous rejoins : cette loi ne doit pas devenir l’alibi d’un hôpital public qu’on laisse dépérir. Elle exige, au contraire, un investissement massif dans l’accompagnement. Je parle en soignante : j’ai vu ce que le manque de moyens fait aux fins de vie. Le collectif veillera à ce que les décrets financent le soin, pas seulement la procédure. Sans cela, l’égalité n’est qu’un mot, et le libre choix, une illusion.
26 juillet 2026
Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif
Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.