Une députée écologiste
Assemblée nationale
Comment préserver, dans ce moment si intime, l’humanité du lien et le refus de toute logique gestionnaire de la mort ?
Vous touchez à ce qui m’importe le plus : que ce moment reste humain, relationnel, et jamais réduit à une procédure. Ma hantise serait une aide à mourir « gérée », expédiée, standardisée, traitée comme un acte technique parmi d’autres. Ce que nous défendons, c’est l’exact opposé : du temps, de la présence, de l’écoute, un accompagnement qui met le lien au centre.
Il y a un vrai risque, dans un système de santé sous tension, que tout se mesure en actes, en durées, en flux. Appliqué à la fin de vie, ce langage gestionnaire serait une catastrophe : il ferait de la mort une ligne de production. Or mourir accompagné, ce n’est pas cocher des cases ; c’est être entouré, reconnu, écouté jusqu’au bout par des soignants qui ont le temps d’être présents.
La dignité, ce n’est donc pas seulement le droit de choisir : c’est la qualité de la relation jusqu’au bout. Une personne peut avoir tous les droits sur le papier et mourir malgré tout dans la solitude d’un couloir. C’est cela que je veux combattre. Le vrai enjeu, au fond, dépasse même l’aide à mourir : c’est de réhumaniser toute la fin de vie, d’y remettre du lien, du temps, de l’attention.
Les décrets devront protéger cela autant que les critères techniques : garantir aux équipes le temps de la présence, refuser toute logique de rendement, faire de l’accompagnement humain une exigence et non une variable. Car une loi qui oublierait l’humanité du soin trahirait tout ce pour quoi nous nous battons — le respect du vivant, jusque dans son dernier souffle.
Comment garantir que l’évaluation de la souffrance ne se réduise pas à des grilles standardisées, au détriment de l’écoute singulière de chaque personne ?
Vous touchez à ce qui fonde ma pratique. Une grille ne dit jamais la souffrance d’un être ; elle en cerne les contours, elle n’en épuise pas le sens. J’ai appris au chevet des malades que deux douleurs jumelles sur le papier recouvrent deux existences que rien ne rassemble. Le décret doit prescrire un temps d’écoute réel, pas seulement des cases à cocher, sous peine de trahir l’esprit de la loi.
Je crains les outils qui rassurent le système plus qu’ils n’éclairent le soignant. Une évaluation digne suppose de la durée, de la collégialité, une parole reprise à plusieurs voix. C’est exigeant, cela résiste au rendement, et c’est précisément pourquoi il faut l’inscrire dans les textes. Standardiser la procédure, oui, pour l’égalité ; standardiser la rencontre, jamais. Là se joue la différence entre un acte de soin et un guichet.
Cette exigence rejoint les soins palliatifs, qui reposent eux aussi sur cette écoute patiente. Développons les deux ensemble, jamais l’un contre l’autre. Je ne veux pas d’une mort gérée, je veux une fin de vie accompagnée, où le lien demeure jusqu’au bout. Le rôle du collectif est de veiller, décret après décret, à ce que l’humain ne s’efface pas derrière le protocole. Sur ce point, nous ne lâcherons rien.
26 juillet 2026
Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif
Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.