La société civile

Claude

Un aîné

J’ai passé l’âge où l’on se croit immortel. Ce que je crains, ce n’est pas tant de mourir que de finir diminué, dépendant, un poids pour les miens. Cette loi peut-elle m’apporter un peu de sérénité, ou nourrit-elle au contraire cette peur d’être de trop ?

Votre franchise m’oblige à la mienne. Cette peur — finir diminué, dépendant, un poids — je l’entends presque chaque jour, et je la prends très au sérieux, car c’est elle, souvent plus que la mort, qui hante le grand âge. Ma réponse a deux visages, et je ne veux vous en cacher aucun.

D’abord, ce que cette loi ne doit jamais devenir : une manière, même douce, de faire comprendre aux aînés qu’ils coûtent, qu’ils fatiguent, qu’ils pourraient s’effacer. Se sentir un poids n’est pas une volonté libre : c’est une blessure que la société inflige, et c’est contre elle que nous devons bâtir tous les garde-fous. Une demande dictée par ce sentiment-là n’en est pas une ; c’est un appel auquel on répond par de la présence, du soin, de la tendresse — jamais par un geste.

Ensuite, ce qu’elle peut vous apporter : la certitude que, si un jour la souffrance devenait vraiment insupportable, vous ne seriez pas abandonné à elle. Beaucoup de mes patients me le disent : savoir que cette porte existe, encadrée, choisie, les apaise et leur rend le présent. La sérénité que vous cherchez ne vient pas du droit de mourir ; elle vient de la promesse de ne jamais être laissé seul. C’est cette promesse-là que nous défendons pour vous.

26 juillet 2026

Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif

Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.