Un adolescent
Lycéen, 16 ans
Au lycée, on en parle entre nous, et ça nous fait un peu peur. Est-ce que cette loi, ça veut dire que la société renonce à soigner, ou qu’elle prend soin autrement ?
Ta question est plus juste que bien des débats d’adultes. Non, la société ne renonce pas à soigner — c’est même l’inverse que nous défendons. Soigner, ce n’est pas seulement guérir : quand on ne peut plus guérir, c’est soulager, accompagner, ne laisser personne seul. L’aide à mourir n’arrive qu’au tout bout de ce chemin, quand une personne très malade le demande librement, et jamais à la place de tout le reste.
Je comprends que ça fasse peur, parce que la mort fait peur, à tout âge, et que c’est un sujet dont on parle peu. Mais tu sais, en parler, comme vous le faites entre vous, c’est déjà une bonne manière de l’apprivoiser. Ce qui angoisse le plus, souvent, c’est l’idée de souffrir ou d’être abandonné. Or c’est précisément contre cela que se battent les soignants : faire en sorte que personne n’ait à souffrir seul.
Ce qui compte, à ton âge, c’est de savoir ceci : on ne baisse pas les bras devant la souffrance, on cherche à y répondre — par des soins, par de la présence, et, dans certains cas extrêmes, par le respect du choix de la personne. Ce choix, il est entouré de beaucoup de précautions, parce qu’il est grave, et il n’appartient qu’à la personne elle-même.
Avoir peur de la mort, s’interroger, c’est normal et sain — cela veut dire que tu prends la vie au sérieux. Une société qui ose parler de la mort, calmement, sans la cacher, est une société qui en prend soin, pas qui s’en détourne. Et une génération comme la tienne, qui pose ces questions sans tabou, aidera sans doute à en parler mieux que la nôtre.
À 16 ans, comment être sûr qu’on ne proposera jamais cette aide à quelqu’un juste parce qu’il coûte cher ou qu’il dérange ?
Non, et ta méfiance est saine. Cette aide n’arrive qu’après : traitements, soins palliatifs, accompagnement. Jamais à leur place.
La loi interdit toute pression. On ne propose pas la mort à quelqu’un parce qu’il coûterait cher : c’est la personne qui demande, librement, plusieurs fois.
Mon métier reste de soigner, jamais d’abandonner. Si un budget venait peser sur ces choix, je le dénoncerais. Sois vigilant, comme nous le sommes.
26 juillet 2026
Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif
Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.