Les professionnels de santé

Un directeur général d’ARS

Agence régionale de santé

Il me reviendra d’organiser l’offre de soins et l’accès effectif à l’aide active à mourir sur mon territoire, alors que l’accès aux soins palliatifs y est déjà inégal. Comment garantir un accès équitable partout, y compris dans les déserts médicaux, sans que l’aide à mourir devienne la variable d’ajustement d’un manque de moyens ?

Vous soulevez ce qui, pour moi, est le vrai risque d’injustice : que ce droit nouveau soit réel à Paris et fictif ailleurs. On sait déjà que l’accès aux soins palliatifs est terriblement inégal selon les territoires ; il serait intolérable que l’aide à mourir hérite des mêmes fractures, et plus intolérable encore qu’elle prospère précisément là où le soin manque.

Ma ligne est constante : l’aide à mourir ne doit jamais combler le vide laissé par un manque de soins. Là où manquent les équipes mobiles, les lits de soins palliatifs, les médecins, c’est cela qu’il faut d’abord bâtir. Un territoire où l’on pourrait mourir par l’aide active à mourir mais non être correctement soulagé et accompagné serait la démonstration d’un échec, pas d’un progrès.

L’égalité d’accès, cela veut donc dire les deux ensemble : un accès réel au soin et à l’accompagnement partout, et un accès à l’aide à mourir qui ne dépende pas du code postal. Cela suppose des moyens fléchés vers les territoires les plus démunis, ruraux et ultramarins, des professionnels formés et volontaires, des dispositifs mobiles pour atteindre ceux qui sont loin de tout, et une organisation qui ne laisse aucun malade seul faute d’offre.

C’est un chantier d’aménagement du soin autant qu’une question éthique, et il relève très concrètement de votre responsabilité. Je crois qu’il faut en faire un objet de transparence : mesurer, territoire par territoire, l’accès effectif aux soins palliatifs comme à l’aide à mourir, et rendre ces chiffres publics. On ne corrige que les inégalités que l’on ose regarder en face.

Dans un désert médical, où trouver les deux médecins et l’accompagnement qu’exige la loi, sans creuser encore l’écart entre territoires bien dotés et territoires oubliés ?

Vous touchez à ce qui me préoccupe le plus : l’égalité d’accès. Un droit qui n’existe qu’à Paris ou dans les métropoles n’est pas un droit, c’est un privilège. Or les territoires où manquent les soins palliatifs sont souvent ceux où manquent aussi les médecins tout court. Le risque est double : ni accompagnement palliatif, ni aide à mourir possible. Vos ARS sont en première ligne pour empêcher cette double peine.

Il faut donc penser l’organisation, pas seulement le texte. Des équipes mobiles régionales, capables de se déplacer, d’assurer le second avis, de soutenir un médecin isolé face à une demande. Des dispositifs de télé-expertise, un annuaire de professionnels volontaires par région, une astreinte. Sans cela, la clause de conscience d’un praticien unique dans un canton laisserait des malades sans aucune réponse. L’orientation vers un confrère suppose qu’un confrère existe, accessible.

Je vous le dis franchement : la loi est votée, mais son équité se joue maintenant, dans vos schémas régionaux et dans les décrets. Nous, au collectif, veillerons à ce que ces moyens soient fléchés, mesurés, rendus publics territoire par territoire. Développer les soins palliatifs partout reste la priorité absolue ; l’aide à mourir ne doit jamais combler leur absence. Faisons de cette exigence d’égalité notre boussole commune, sans relâche.

26 juillet 2026

Valérie Mesnage, co-fondatrice du collectif

Propos recueillis et mis en forme par le collectif, avec l’accord de Valérie Mesnage.